50 dey street

Photographie

Geneviève Gleize



50 Dey Street, New Jersey… La banlieue de New York, un jour lumineux d’octobre 2006. Au coin d’une rue, ce bloc immense, massif, une manufacture de sept étages, désertée.
Prendre le monte-charge pour le palier 4.
Un couloir sombre et, tout au bout, une lourde porte coupe-feu, ouverte sur un espace nu. Seule une chaise rouge est posée devant une colonne en forme de fleur de lotus. La lumière du matin baigne l’ensemble. Il fait froid.
Une odeur âcre, mélange de poussière et de graisse, s’exhale du sol. A travers les carreaux crasseux, on entrevoit la ville, la vie.
Depuis longtemps, je suis une passionnée des empreintes laissées par le passé, de la trace, du geste indélébile, des graffitis. Alors 50 Dey Street, ce jour-là, m’appelle, me fascine dans sa majesté laborieuse. Je veux découvrir ses secrets, je veux investir l’énergie qui s’en dégage, prendre le temps de ressentir les choses. J’ai la chance de pouvoir y rentrer, de me perdre dans chaque recoin.
Et puis tout à coup le soleil embrase le volume et m’offre de saisir ces instants magiques chargés de lumière... C’est le début d’une aventure.
Quelques temps plus tard, j’y retourne. Découvrir encore un mot, une forme, des couleurs, un signe oublié. C’est cette deuxième approche que je propose dans l’exposition 50 Dey Street # 2.
Certains étages sont à présent devenus des entrepôts, d’autres sont occupés par des artistes, quelques-uns sont encore fermés. Y aurai-je un jour accès ? Je n’ai pas fini d’explorer.
Il faudra bien que la page se referme sur 50 Dey Street, alors j’irai vers d’autres fenêtres cassées, d’autres murs lézardés, d’autres portes usées.
Mais la manufacture aux sept étages restera le révélateur de cette urgence qui était enfouie au fond de moi : faire resurgir la mémoire de lieux en attente de reconversion pour la transmettre avec mes images. Découvrir le beau dans ce qui semble laid.